"Programme PROF" : Formation des étudiants au psoriasis grâce aux témoignages des patients

Les rencontres avec les étudiants en médecine de 6è année étaient, en 2006/2007 un projet en cours de réalisation dans quelques villes universitaires de France ; on les appelait, à l’époque « Projet Prof ». Aujourd’hui, Bordeaux reste la seule ville qui a maintenu son « projet prof » devenu « programme prof » tant il est désormais intégré, deux fois par an, dans le parcours étudiant. Ceci grâce à la volonté et à l’accueil du Professeur TAÏEB que nous remercions chaleureusement, et aux adhérents de France Psoriasis qui acceptent de participer.

En 6è année, les futurs médecins n’ont pas encore choisi leur spécialisation. Ce temps d’échange a pour but de les sensibiliser au vécu du patient psoriasique, à l’impact du psoriasis sur son quotidien affectif, professionnel, social, médical.

Les étudiants, en ce vendredi 5 décembre, sont au nombre de onze. Après l’accueil du Professeur TAÏEB, nous rentrons dans le vif du sujet avec des vidéos de témoignages. Nous avons choisi ceux de Cédric et de Nadia (deux trentenaires) qui mettent l’accent sur la lassitude du parcours de soins, l’inquiétude relationnelle chaque fois que le patient se trouve dans une situation où le psoriasis risque d’être « repéré », le regard de l’autre dans la vie professionnelle, le sentiment d’une différence dont il n’est pas aisé de parler de peur d’être stigmatisé.

A l’invitation du Professeur TAÏEB suit un premier tour de table. Cette première prise de parole n’est souvent pas facile. Voilà les étudiants en direct face aux paroles des malades !

La plupart d’entre eux ont a priori, du mal à comprendre que les psoriasiques modérés, lassés de se soigner , arrêtent tout traitement. Nous leur expliquons la contrainte quotidienne de temps, de coût, de galéniques inappropriées, de déception devant des résultats si peu satisfaisants.

Nos témoignages personnels viennent ensuite compléter ceux des vidéos. Celui de Véronique, assez sévèrement atteinte , qui dit la remise en question importante de sa vie à cause du psoriasis et son attente d’une nécessaire douceur dans l’approche.

Progressivement, la parole se libère, les étudiants nous posent des questions plus précises : « Intervenons-nous dans les écoles quand c’est nécessaire ? » ; « Les patients veulent-ils plus d’infos ou moins d’infos ? » . Questions aussi au Professeur TAÏEB : « Comment faut-il informer le malade qui veut en savoir plus ? » ; « Est-ce que l’impact psychologique est suffisant pour un choix de traitement fort ? » ;  «  Les traitements alternatifs » ; «  La part du stress ? »

Le Professeur TAÏEB réaffirme , comme à chaque séance, que le stress, comme dans beaucoup d’autres maladies, est « survendu » faute d’avoir des connaissances plus précises sur toutes les questions que pose le psoriasis. Il explique que le malade a progressivement à faire le deuil de sa santé telle qu’il l’a connue, ou le deuil d’une vie considérée comme « normale ». Il pense que l’information doit être donnée progressivement, au fur et à mesure des consultations et du cheminement du patient. Nous échangeons sur le choix, le coût des traitements plus lourds , l’utilisation des budgets alloués.

Il existe peu de lieux où patients, médecins expérimentés et futurs médecins peuvent échanger directement !

En fin de séance, une étudiante , secrétaire de l’Association des Internes en Dermatologie( A-JAAD) nous dit combien cette séance l’a intéressée et nous faisons ensemble le projet de rencontrer les futurs dermatologues dans le courant du 1er trimestre 2015.

J’invite les patients de tous âges, qui veulent contribuer à l’amélioration de la relation médecin/patient à me contacter. Le témoignage de jeunes et de parents de jeunes enfants nous manquent. La séance dure 1h30 et la relation entre les participants est simple et authentique.

Prochain rendez-vous en mai : je compte sur vous. Alors à bientôt !

Avec Véronique et Nicole

Anne BANVILLET