Actualités Psoriasis

Psoriasis et obésité : un lien ?

Rédigé par Dr Pierre-André Becherel, Unité de Dermatologie et Immunologie Clinique Hôpital Privé d'Antony

L’obésité est définie par un index de masse corporelle (IMC, rapport entre poids et taille) ≥ 30 kg/ m2. A partir de 25 kg/m2, on parle de surpoids. Plusieurs études ont montré une augmentation de la prévalence de l’obésité chez les sujets ayant un psoriasis. L’obésité serait particulièrement plus fréquente chez les patients souffrant de psoriasis sévère (soit plus de 20 % de surface cutanée atteinte).

Il est difficile de déterminer si l’obésité est un facteur de risque de développement du psoriasis ou si elle est en fait une conséquence de la maladie. Cette distinction est importante car elle pourrait, si l’obésité se confirme être un facteur de risque de psoriasis, déboucher sur des mesures hygiéno-diététiques adaptées à but préventif chez des sujets ayant un risque familial de développer un psoriasis. Ainsi, le suivi d’une large cohorte américaine a rapporté une augmentation du risque de survenue du psoriasis proportionnelle à l’augmentation du poids tandis que le risque était faible lorsque l’IMC(donc rapport poids/taille) était inférieur à 21.

En tout cas, quel que soit le lien exact, il est clair désormais que parmi les personnes qui souffrent de psoriasis et de rhumatisme psoriasique, la part de patients obèses est plus importante que dans la population générale.

Il était donc logique et tentant de vérifier si des techniques de réduction de poids, comme la chirurgie de l’obésité (ou chirurgie bariatrique) améliorerait les symptômes cliniques de ces patients. Ces observations sont issues d’une étude qui a été présentée lors du Congrès annuel de l’American college of rheumatology, du 6 au 11 novembre 2015 dernier.

Amélioration pour la majorité des patients

Les auteurs de l’étude ont analysé les données de plus de 9 000 opérations bariatriques (chirurgie de l’obésité avec diminution de la capacité de l’estomac) entre 2002 et 2013, parmi lesquels 86 souffraient de psoriasis et 21 avaient également un rhumatisme psoriasique. Ils ont relevé que respectivement 55 % et 62 % de ces patients avaient constaté une amélioration subjective de leur maladie dans les mois suivant leur opération.

Les explications avancées par les chercheurs pour expliquer ces observations sont que la perte de poids réduirait l’étendue des phénomènes inflammatoires dans le corps, ce qui aurait une influence positive sur les manifestations du psoriasis.

Cependant, plusieurs études notent une apparition de l’obésité après les premiers signes de psoriasis, suggérant que l’obésité serait une conséquence (ou une maladie associée) et non une cause du psoriasis. En effet, outre les facteurs extrinsèques (sédentarité ou troubles alimentaires) souvent associés au psoriasis, de nombreux facteurs intrinsèques peuvent clairement favoriser la survenue d’une obésité. Certaines études suggèrent un lien génétique probable : HLA-Cw6, locus de susceptibilité principal pour le psoriasis, prédisposerait aussi à l’obésité. La sévérité du psoriasis est corrélée à l’IMC, et surtout à l’obésité abdominale (mesurée simplement par le périmètre abdominal, > 92 cm chez la femme et 102 cm chez l’homme) ce qui est à l’origine de la production d’un complexe de molécules dites adipokines (leptine, résistine, adiponectine et omentine). La CRP (molécule essentielle de l’inflamation) est plus élevée chez les psoriasiques obèses par rapport à ceux de poids normal.

Cette association a également des répercussions thérapeutiques. Les sujets ayant un IMC élevé ont moins de chance d’avoir une réponse significative au traitement que les sujets plus minces, que ce soit les traitements oraux ou les biothérapies. Quelques cas suggèrent une amélioration du psoriasis après une chirurgie bariatrique. L’explication est peut-être la suivante : le glucagon-like peptide-1, hormone intestinale, jouerait un rôle direct (son taux augmenterait considérablement après une chirurgie bypass) et indirect (ralentissement de la vidange gastrique, effet anorexigène = perte d’appétit) dans l’amélioration rapide des patients psoriasiques ayant subi cette chirurgie avant toute perte de poids.

Dans cette recherche de lien obésité / psoriasis, nous avons effectué dans le cadre de RESOPSO une étude transversale dans 29 centres français. Tous les adultes avec psoriasis étaient inclus. Les critères analysés étaient : les caractéristiques et les traitements du psoriasis, les comorbidités cardiovasculaires (HTA, infarctus…) et métaboliques associées (diabète, hypercholstérolémie).

Le psoriasis sévère était défini par l’utilisation d’un traitement systémique, oral ou biothérapie.

Résultats : Un total de 2194 patients étaient inclus (H : 56 % ; âge moyenne : 48,7ans) : 1,9 % étaient maigres, 40 % de poids normal, 33,9 % en surpoids, 21 % obèses et 3,2 % en obésité sévère. La fréquence de l’obésité augmentait avec l’âge quel que soit le sexe jusqu’à 64 ans. La fréquence de l’obésité était proche de celle de la population générale (+1 à 5 %) dans les tranches d’âges de 18 à 45 ans et plus élevées au delà (+10 à 15 %).

En analyse plus fine, l’obésité était associée à la sévérité du psoriasis, au rhumatisme, à l’HTA, au diabète, aux dyslipidémies et aux antécédents cardiovasculaires majeurs.

Ainsi, dans la population française, l’obésité est associée au psoriasis après 45 ans, chez les hommes et les femmes. Ceci n’a pas été rapporté dans d’autres populations psoriasiques. Le concept de « marche psoriasique » (ou aggravation progressive) proposé par certains auteurs pourrait expliquer cette association tardive.

Notre travail au sein de Resopso confirme par ailleurs le lien entre l’obésité et sévérité du psoriasis, ainsi que le rhumatisme psoriasique.

Conclusion : ces résultats montrent le rôle important du dermatologue devant un patient obèse psoriasique :

– les autres composantes du syndrome métabolique doivent être recherchées afin d’être prises en charge (diabète, hypercholestérolémie, HTA) avec recherche par exemple au moins une fois par an

– l’association entre obésité et sévérité du psoriasis et rhumatisme doit être intégrée dans la prise en charge.

Le psoriasis modéré à sévère est donc fréquemment associé à l’obésité et à d’autres comorbidités métaboliques, y compris le diabète et la stéatose hépatique (« foie gras »), qui est un facteur de risque pour la fibrose du foie lors de la prise de méthotrexate. De plus, le risque de néphrotoxicité augmente chez les patients obèses recevant de la ciclosporine, particulièrement chez ceux présentant d’autres conditions morbides, comme l’hypertension artérielle, le diabète ou l’utilisation concomitante de médicaments néphrotoxiques. L’obésité peut diminuer la réponse clinique à n’importe quel traitement systémique dans le psoriasis, y compris les biologiques.

Des éléments préliminaires montrent les effets bénéfiques de la perte de poids sur la gravité de psoriasis chez les patients obèses. L’adhérence à un style de vie sain est une méthode accessible par les patients motivés.

Les dermatologues jouent ainsi un rôle de sentinelle importante pour la première détection des troubles métaboliques et pour la promotion de styles de vie sains (régimes, activité physique).