Actualités Psoriasis

Point sur les biothérapies dans le psoriasis

Rédigé par les Dr Axel Villani et Pr Denis Jullien, pour le Groupe de Recherche sur le Psoriasis de la Société Française de Dermatologie

Depuis le début des années 2000, les biothérapies ont révolutionné la prise en charge de nombreuses maladies inflammatoires, dont le psoriasis. Ce furent d’abord les anti-TNF alpha, puis les anti-IL12/23 et très récemment les anti-IL17. Ces traitements ont enrichi le panel thérapeutique du psoriasis et permettent aux malades atteints par les formes les plus graves, de voir leur maladie contrôlée.

Qu’est-ce qu’une biothérapie ?

L’appellation « biothérapie » vient du fait que ces produits sont synthétisés grâce à la biologie. Cette technique de pointe et les années de développement nécessaires à la mise en place de ces traitements, expliquent en partie leur prix très élevé : des cellules, d’origine animale le plus souvent, sont cultivées de façon à leur faire fabriquer un anticorps. Ces anticorps sont dirigés spécifiquement contre une cible importante dans le développement du psoriasis. Par exemple, le TNFa est présent dans l’organisme à l’état normal. Néanmoins, au cours du psoriasis, son activité est augmentée de façon anormale. Le fait de bloquer cette activité au moyen d’un anticorps anti-TNFa permet très souvent de bloquer le développement du psoriasis. Toutes ces molécules sont des protéines et de ce fait leur administration se fera toujours par voie injectable, sous cutanée ou intra musculaire, la prise orale aboutissant à la destruction du médicament dans le tube digestif. Elles peuvent se dénaturer facilement, particulièrement aux températures extrêmes.

Les différentes biothérapies disponibles dans la psoriasis :

Quatre différents anti-TNFa (étanercept ou Enbrel®, adalimumab ou Humira® et infliximab ou Remicade® ou Inflectra® ou Remsima®), un anti-IL12/23 (ustekinumab ou Stelara®) et deux anti-IL17 (secukinumab ou Cosentyx®, ixekizumab ou Taltz®) sont disponibles en France (tableau 1).

Un autre anti-IL-17 devrait prochainement l’être (brodalumab). Trois produits ciblant spécifiquement l’IL-23 sont en développement (guzelkumab, tildrakizumab, risankizumab).

La prescription de ces traitements doit être initiée par un dermatologue hospitalier puis le renouvellement peut être fait par un dermatologue en ville. La prise en charge par l’assurance maladie est limitée aux indications définie par l’intitulé de l’AMM (autorisation de mise sur le marché) c’est-à-dire les patients ayant un psoriasis grave, en échec (ou ne pouvant recevoir) d’au moins 2 traitements parmi le méthotrexate, la ciclosporine, l’acitrétine et la photothérapie, mais cette prise en charge n’est pas limitée aux patients en ALD (affection longue durée).

Toutes ces molécules sont efficaces sur la maladie de peau mais aussi sur l’atteinte articulaire du psoriasis. L’efficacité sur le rhumatisme psoriasique semble cependant meilleure avec les anti-TNFa et les anti-IL17, par rapport à l’anti-IL12/IL-23.

Depuis 2015, des médicaments « biosimilaires » sont également disponibles. Il s’agit d’une copie du médicament initial, mais qui ne peut être strictement identique comme pour les génériques. Ainsi, et contrairement aux produits génériques, l’AMM d’un biosimilaire a nécessité la validation de nouvelles études cliniques et précliniques afin de démontrer l’équivalence clinique et biologique du traitement par rapport à la molécule initiale.

Selon la molécule choisie, le traitement pourra le plus souvent être effectué en injection sous-cutanée réalisée par le patient lui-même, ou bien par perfusion intraveineuse à l’hôpital (infliximab ou Remicade® ou Inflectra® ou Remsima®). La fréquence d’injection est variable, de 2/semaine (étanercept) à tous les 3 mois (ustekinumab).

L’efficacité de ces produits se juge généralement au bout de 12 semaines. Néanmoins, les premiers effets peuvent commencer à être perçus dès les 15 jours après la première injection et le bénéfice maximal peut ne s’observer qu’après 16 semaines et parfois plus (le tableau 1 résume pour chaque molécule le moment où l’efficacité est évaluée : en l’absence d’efficacité à ce moment, le traitement doit être modifié). S’agissant d’une maladie chronique, le maintien du traitement dans le temps (qui est un indicateur indirect de son efficacité et de sa tolérance) est également un paramètre important. Dans plusieurs études, l’anti-IL12/23 (ustekinumab) apparait supérieur aux anti-TNFa pour ce qui est du maintien du traitement dans le temps (1, 2). Les anti-IL17 n’ont pas encore pu être évalués en situation réelle sur ce paramètre car leur mise à disposition est récente (juillet 2016).

Quels sont les risques liés à ce traitement ?

Chaque molécule a un profil d’effets indésirables spécifiques mais certains sont communs. Notamment, de par leur mécanisme d’action (blocage d’un élément intervenant dans la défense de l’organisme contre les infections), ces produits entraînent un risque augmenté d’infections (traitement dit « immunosuppresseur »). En 1er lieu avant de débuter ces traitements, on dépiste toujours la présence d’une tuberculose latente, afin de ne pas risquer de la réactiver. Il est également recommandé de se vacciner contre le pneumocoque et la grippe. Néanmoins, les résultats des études de surveillance des biothérapies qui ont concerné plusieurs milliers de patients sont rassurants : dans l’étude PSOLAR, le nombre des infections sévères sous ustekinumab et sous étanercept était similaire à un traitement non biologique comme le méthotrexate. Le risque était augmenté sous adalimumab et infliximab avec une incidence multipliée par 2 pour ce dernier versus méthotrexate (3). Une surveillance étroite par le médecin traitant et le dermatologue est toutefois nécessaire. Toute fièvre, même banale, lors d’un traitement par biothérapie, doit faire l’objet d’une consultation auprès du médecin traitant afin d’écarter une infection sévère nécessitant un traitement par antibiotiques.

Les biothérapies sont donc des traitements importants dans la prise en charge du psoriasis cutané, notamment des cas les plus sévères. Il s’agit d’un traitement continu, c’est-à-dire sans durée définie dans le temps, notamment car il est impossible de prévoir l’évolution à l’arrêt (récidive ou rémission). L’arrêt du traitement peut cependant être envisagé en cas de demande du patient.

Références :

  1. Menter A, Papp KA, Gooderham M, Pariser DM, Augustin M, Kerdel FA, et al. Drug survival of biologic therapy in a large, disease-based registry of patients with psoriasis: results from the Psoriasis Longitudinal Assessment and Registry (PSOLAR). J Eur Acad Dermatol Venereol. 2016;30(7):1148-58.
  2. Davila-Seijo P, Dauden E, Carretero G, Ferrandiz C, Vanaclocha F, Gomez-Garcia FJ, et al. Survival of classic and biological systemic drugs in psoriasis: results of the BIOBADADERM registry and critical analysis. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2016.
  3. Kalb RE, Fiorentino DF, Lebwohl MG, Toole J, Poulin Y, Cohen AD, et al. Risk of Serious Infection With Biologic and Systemic Treatment of Psoriasis: Results From the Psoriasis Longitudinal Assessment and Registry (PSOLAR). JAMA Dermatol. 2015;151(9):961-9.

Tableau 1 : les différentes biothérapies disponibles en France

Dr Axel Villani : Fonction/affiliation : CCA de dermatologie, Hôpital Edouard Herriot, Université Claude Bernard Lyon I, Lyon.

Pr Denis Jullien, PUPH, Hôpital Edouard Herriot, Université Claude Bernard Lyon I, Lyon.