Le psoriasis de l’enfant

Rédigé par Dr Mahé, 1 octobre 2013

Le psoriasis de l’enfant n’est pas très fréquent, mais il semblerait que plus d’un tiers des psoriasis de l’adulte aient débutés dans l’enfance, surtout dans l’adolescence. Le diagnostic est simple pour le médecin et ne nécessite aucun examen. Toutes les formes de psoriasis sont observées chez l’enfant. Cependant, la fréquence des différentes formes est modifiée selon l’âge de l’enfant et quelques formes sont spécifiques à l’enfant comme le « psoriasis des langes ». Une grande part de la consultation est destinée à expliquer la maladie à l’enfant, avec des mots adaptés, et surtout à ses parents.

Particularités du psoriasis de l’enfant

Chez l’enfant, la plaque de psoriasis a le plus souvent le même aspect que chez l’adulte : plaque rouge (« érythème ») couverte d’une croûte (« squame ») adhérente. Les plaques sont bien limitées et touchent le corps de façon relativement symétriques. Comme chez l’adulte, il existe des sites électifs où se développent les plaques (« zones bastions ») : les coudes, les genoux, les lombes et le cuir chevelu. Contrairement à l’eczéma, les plaques de psoriasis grattent pas ou peu. Chez le petit enfant, l’aspect peut être moins caractéristique, ce qui peut expliquer que le médecin a du mal à conclure initialement entre un eczéma ou un psoriasis.

Tous les aspects du psoriasis de l’adulte peuvent être observés chez l’enfant. Les aspects les plus fréquemment rencontrés sont le psoriasis en plaques et le psoriasis du cuir chevelu. Dans le cuir chevelu, un aspect dit de « pseudo-teigne amiantacée » (casque de croutes un peu grises) peut révéler le psoriasis. Deux présentations sont plus particulièrement observées chez l’enfant : le psoriasis des langes et le psoriasis en gouttes.

Durant les deux premières années de vie, un aspect est fréquemment révélateur, c’est est le psoriasis des langes. Il se développe à partir de l’âge de trois mois sur le siège de l’enfant (fesses, vulve, plis de l’aine). Il peut diffuser sur toute la zone des couches. Le diagnostic peut être difficile au début de l’éruption prise pour un « érythème fessier » banal (« c’est les dents, docteur ! »). L’aspect typique est celui d’une rougeur des fesses sèche et bien limitée. La localisation au siège s’observe aussi chez l’enfant plus grand mais il est souvent plus localisé, principalement au gland et à la vulve.

Le psoriasis en gouttes se présente comme une éruption d’apparition rapide et diffuse, prédominant sur le tronc, et faite de petites plaques de psoriasis (< 1 cm). Dans plus de la moitié des cas, il disparaitra sans traitement en quelques mois. Il succède fréquemment à une infection à streptocoque, surtout à type d’angine. Le médecin va presque toujours réaliser un prélèvement de gorge même en l’absence de signe d’angine et va prescrire un antibiotique parfois de façon prolongée (1 mois)

D’autres caractéristiques sont décrites chez l’enfant bien que de façon inconstante :

  • plus grande fréquence de l’atteinte du visage;
  • fréquence élevée des pulpites. C’est une atteinte de la pulpe des doigts qui peut être très gênante notamment à l’école, pour écrire ;
  • moins grande fréquence de l’atteinte des ongles et rareté de l’atteinte des articulations ;
  • plus grande fréquence de l’impact des stress familiaux : rentrée en CP, arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur, mais aussi séparations familiales.

Transmission et évolution de la maladie : les questions des parents

Plusieurs questions sont fréquemment posées en consultation : « c’est contagieux ? », « il va avoir ça toute sa vie ? », « si j’ai un autre enfant, risque-t-il d’avoir du psoriasis ? », « c’est de ma faute ? », « c’est dans la tête ? dois je montrer mon enfant à un pédopsychiatre ? »

  • La première question ne pose pas de problèmes car en aucun cas le psoriasis n’est contagieux. Il ne faudra pas hésiter à l’expliquer à l’instituteur ou au professeur de sport. Dans des cas que l’on ne devrait pas observer, il ne faudra pas hésiter à demander un certificat de non-contagiosité pour la crèche, l’école ou la piscine.
  • Le devenir du psoriasis au long terme est une question plus difficile à aborder car l’évolution est mal connue et beaucoup de données sont contradictoires. Il semble que le psoriasis du petit enfant (psoriasis des langes ou psoriasis en gouttes par exemple) ne soit pas prédictif de la survenue d’un psoriasis à l’adolescence, ce qui n’exclut pas l’apparition très tardive du psoriasis.
  • Dans les formes familiales de psoriasis il existe un risque d’avoir des enfants atteints de psoriasis, ce risque serait d’environ un sur quatre. Néanmoins, l’enfant pourra développer son psoriasis soit dans l’enfance soit à l’âge adulte.
  • Il est important pour les parents de bien comprendre la maladie pour déculpabiliser : en aucun cas les parents sont « responsables » de la maladie de l’enfant, même si le trait génétique est transmis par eux-mêmes dans un certain nombre de cas. Cette étape est importante dans la compréhension de la maladie de l’enfant car c’est l’enfant qui va devoir apprendre à vivre avec cette maladie tout au long de sa vie. L’objectif des parents ne sera pas de se culpabiliser eux-mêmes (et donc de se focaliser sur leurs propres angoisses) mais d’accompagner et aider l’enfant à devenir autonome dans sa prise en charge pour qu’il grandisse mieux avec sa maladie, de permettre à l’enfant d’acquérir les compétences qui lui seront utiles pour gérer sa maladie (avec les épisodes différents) et son quotidien avec la maladie (école, activités sportives, relations amicales et amoureuses …) en devenant adulte.
  • Le psoriasis n’est en aucun cas une maladie « psychiatrique » mais une maladie de peau dont les poussées peuvent être favorisées par des facteurs extérieurs comme le stress. La rentrée à l’école, l’arrivée d’un petit frère, l’éventuelle séparation parentale sont autant de stress qui peuvent déclencher une poussée de psoriasis. Le psoriasis n’est que l’expression physique de ce que tout enfant ressent normalement dans ces situations. Mais l’enfant atteint de psoriasis n’est pas plus « psychiatrique » que tout autre enfant, le stress est seulement un peu plus visible.

Principes de la prise en charge du psoriasis de l’enfant

Le psoriasis de l’enfant est le plus souvent une maladie bénigne souvent mal vécue plus par les parents que par l’enfant. Ceci est vrai surtout avant la rentrée au CP. A l’adolescence, le retentissement du psoriasis peut être exacerbé par les problèmes liés à cet âge. De rares plaques de psoriasis peuvent être stigmatisées notamment en cas de conflits familiaux.

Contrairement au psoriasis de l’adulte, le traitement intègre trois intervenants : le médecin, l’enfant et les parents. Pour le petit enfant, une grande partie de la consultation sera destinée aux parents. L’objectif sera de les rassurer et de leur expliquer la maladie et les possibilités de traitements. Il ne faudra pas être surpris si le traitement est très différent de celui de l’adulte. L’objectif du traitement ne sera pas de guérir la maladie, mais de la rendre acceptable pour l’enfant. C’est-à-dire, lui autoriser une vie la plus normale possible, éviter les moqueries, aller à la piscine … Ainsi, un psoriasis du visage sera volontiers traité alors que l’objectif dans un psoriasis en gouttes aigu pourra être plus modeste devant cette éruption transitoire et souvent bien tolérée par l’enfant et sa famille.

L’importance d’une relation médecin-enfant-parents étroite dans la prise en charge de l’enfant est primordiale. Elle permet à la famille de comprendre le psoriasis, d’intervenir dans le choix du traitement, et de s’assurer de la bonne adhésion au projet thérapeutique afin d’aboutir aux objectifs préalablement établis ensemble (traitement de la poussée, simples émollients …).

THE-ET-LES-PSORIANAUTES

 Théo et les psorianautes

Théo et les Psorianautes est un jeu éducatif qui a pour objectif d’aider les enfants atteints de psoriasis à bien grandir et bien vivre avec cette maladie.
A travers l’explication de la maladie, l’acquisition d’automatismes et de mises en situation de vie courante, il permettra également à son entourage – parents, fratrie, enseignants et médecins – de mieux les accompagner.

Théo, un petit garçon de 10 ans atteint de Psoriasis, se réveille en pleine nuit avec une irrésistible envie de se gratter – qu’il parvient finalement à contrôler. Il découvre a ses côtés une créature féérique dénommée Mia, habitante d’un monde lointain nommé Psoria et inconnu des humains. Un monde où tout le monde a du Psoriasis mais n’en souffre pas.Mia propose à Théo de l’accompagner dans sa vie quotidienne pendant quelques jours pour lui donner plein d’astuces qui l’aideront à mieux vivre sa maladie.
Ce jeu à l’initiative de l’Association France Psoriasis a été réalisé avec le conseil scientifique du Dr Emmanuel Mahé, dermatologue au Centre Hospitalier Victor Dupouy d’Argenteuil et avec le soutien du Ministère de la Santé.

 www.theoetlespsorianautes.fr