Progrès dans la compréhension des mécanismes du psoriasis

Rédigé par Pr Modiano, chef du Service de Dermatologie du Groupement Hospitalier de l'Institut Catholique de Lille, 2014

Si répondre à la question « pourquoi fait on un psoriasis en 2014 » reste compliquée, des avancées dans la physiopathologie permettent de mieux comprendre cette maladie.

Le psoriasis, une maladie aux mécanismes variés

Le polymorphisme clinique ou phénotypique de cette maladie traduit bien l’intervention de plusieurs mécanismes.

Dans cette pathologie chronique, sur une prédisposition génétique individuelle, intervient un dérèglement de la réponse immunologique suite à l’exposition à certains facteurs environnementaux. Le lien entre ces différentes étapes est en cours d’identification.

COMPREHENSION_MECANISME_PSORIASIS_PR_MODIANO_FRANCE_PSORIASISLes facteurs génétiques

La prédisposition génétique est certaine.

L’étude des populations permet de constater une incidence de psoriasis plus importante chez les parents de premier et second degré dans les familles de psoriasis comparé à la population générale . Ceci est confirmé par l’étude du taux de concordance parmi les jumeaux qui montrent un risque 2 à 3 fois plus élevé chez les jumeaux monozygotes par rapport aux jumeaux dizygotes.

La pénétrance du trait est variable et ne suit pas les lois mendéliennes . Le psoriasis est un trait génétique complexe résultant de l’interaction gène-gène et gène-environnement avec des influences épigénétiques .

Au moins 9 loci chromosomiques sont liés avec une statistique significative au psoriasis : loci de susceptibilité psoriasis 1 à 9 (PSORS1 à PSORS9).

Le déterminant génétique majeur du psoriasis est PSORS1. Il intervient dans 35% à 50% de l’hérédité du psoriasis. PSORS1 est situé dans le système majeur d’histocompatibilité. Sur le chromosome 6p, trois gènes ont été étudiés dans cette région dont HLA-C variant HLA-Cw6 est le principal. Le psoriasis en gouttes et le psoriasis vulgaire du jeune sont fortement associés à PSORS1, alors que le psoriasis vulgaire du sujet de plus de 50ans et le psoriasis pustuleux palmo-plantaire ne le sont pas. Certains syndromes monogéniques tels que le DITRA avec des manifestations cutanés proche du psoriasis pustuleux sont liés à une mutation du récepteur de l’interleukine 36, cette mutation peut être retrouvée dans des psoriasis pustuleux.

HLA-Cw6 pourrait prédire la bonne réponse aux anti interleukines 12-23, il s’agit d’une avancée dans le domaine de la pharmacogénétique.

Les facteurs immunologiques

Le psoriasis est une pathologie inflammatoire chronique qui fait intervenir le lymphocyte T. Le lymphocyte va être activé par une cellule présentatrice d’antigène qui aboutit à la sécrétion de cytokines (TNF,IL17, IL12-23,IFN) entrainant la stimulation des kératinocytes.

De nombreux traitements tels que les biothérapies agissent à ce niveau.

Mieux comprendre les mécanismes du psoriasis permettra de mieux classer les formes cliniques, de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques et surtout d’identifier des biomarqueurs permettant, dans un avenir proche, de proposer un traitement personnalisé avec la meilleure efficacité et tolérance.