Le diagnostic du rhumatisme psoriasique

Rédigé par Dr Lavie, 1 octobre 2013

Quand faut-il évoquer le diagnostic de rhumatisme psoriasique ?

Plusieurs formes cliniques doivent faire évoquer le diagnostic. Certaines atteintes sont caractéristiques de la maladie :

  • L’atteinte des orteils ou des doigts dit « en saucisse », caractérisée par l’inflammation qui touche l’ensemble des articulations et des structures para-articulaires d’un doigt ou d’un orteil, est présente dans environ 20% des cas.
  • L’atteinte des inter-phalangiennes distales est présente dans 25 à 60% des cas selon les études et fait partie des critères discriminants avec la polyarthrite rhumatoïde.

Plus fréquemment, ces atteintes ne sont pas caractéristiques :

  • Le plus souvent on observe une oligo-arthrite asymétrique qui évolue généralement vers une polyarthrite distale et symétrique telle qu’on peut la retrouver fréquemment dans la polyarthrite rhumatoïde (25 à 70% des cas)
  • Moins fréquemment (et davantage chez l’homme), les patients présentent une atteinte inflammatoire du rachis et des articulations sacro-iliaques telles qu’on peut les observer dans la spondylarthrite ankylosante.

Il n’existe pas aujourd’hui de marqueur biologique qui permette le diagnostic de la maladie. Le syndrome inflammatoire peut être retrouvé (vitesse de sédimentation augmentée, C réactive Protéine augmentée), mais cela est loin d’être systématique.

Au final, il faut évoquer un rhumatisme psoriasique lorsqu’un patient est atteint de psoriasis cutané (indépendamment de la sévérité de son atteinte cutanée), et lorsqu’il souffre de douleurs nocturnes (avec réveils en deuxième partie de nuit) et raideur matinale (raideur au réveil persistant pendant au moins 30 minutes). Seul un praticien spécialisé en rhumatologie saura quand le diagnostic pourra être retenu.

On estime que 8 à 10% des patients ayant un psoriasis cutané sont touchés par un RP. Ce dernier intervient entre la 20ème et 50ème année et touche autant les hommes que les femmes. Il peut apparaître n’importe quand, mais il est plus fréquent dans la trentaine, la quarantaine, et la cinquantaine.

Si les problèmes d’articulations se développent, ils ne se manifestent que des mois ou des années après l’apparition des premiers symptômes cutanés chez 80 % des personnes souffrant de la maladie. Environ 35 % des personnes atteintes de rhumatisme psoriasique présentent des symptômes cutanés et articulaires à peu près en même temps, tandis que chez les 15 % qui restent, c’est le rhumatisme qui apparaît en premier.

Il arrive encore souvent que le RP soit diagnostiqué comme PR étant donné la similitude dans  certaines formes. Ce sont les patients qui présentent une atteinte bilatérale, symétrique (plus fréquente chez les femmes) ou une IPD (interphalangienne distale) ou une dactilyte pour lesquels le diagnostic de RP peut être difficile à poser.

Y a-t-il un retard de diagnostic en France ?

Effectivement, France Psoriasis doit continuer à travailler en collaboration étroite avec les dermatologues et rhumatologues pour permettre l’amélioration du diagnostic précoce des RPs en France et éviter les aggravations irréversibles que nous ne devrions plus voir avec l’arrivée des nouvelles thérapies.

Nous devons également continuer à améliorer l’information délivrées aux patients en utilisant les différents canaux de diffusion à notre disposition afin de permettre aux personnes atteintes de psoriasis de repérer les signes ou symptôme de RP (dérouillage matinal) et d’être diagnostiqués et pris en charge rapidement.

Les médecins ont-ils des critères diagnostiques biologiques ?

A ce jour, il n’existe  pas de marqueur clinique ou  biologique spécifique pour le diagnostic du RP. Le rhumatologue se base  sur un rassemblement de certains critères pour définir le RP :

  • antécédents familiaux de psoriasis, spondylarthropathie, maladies inflammatoires intestinales
  • interphalangienne distale = IPD souvent seule atteinte
  • dactilyte : doigt ou orteil en saucisse (30 à 40% des cas)
  • Atteinte de l’ongle (90% des cas si atteinte articulaire)
  • Monoarthrite : coude, poignets, genoux
  • Oligoarthrite : 3 articulations touchées
  • Asymétrique  11 à 70%, forme plus fréquente chez les hommes

C’est donc à l’aide d’une batterie de tests que le médecin peut éliminer d’autres problèmes de santé afin de diagnostiquer un rhumatisme psoriasique. Souvent, les symptômes cutanés du psoriasis (présents ou passés) sont des indicateurs évidents. Des marques sur les ongles des doigts sont un signe presque certain que la douleur articulaire est provoquée par le rhumatisme psoriasique, et non par d’autres formes d’arthrite.

La première étape dans le diagnostic consiste à radiographier les articulations afin de voir les changements qui se produisent. Ensuite, le médecin peut effectuer une analyse sanguine pour rechercher le facteur rhumatoïde afin d’écarter la possibilité d’une polyarthrite rhumatoïde. Les tests pratiqués sur le liquide dans les articulations permettent aussi d’exclure la goutte, qui peut présenter des symptômes très proches de ceux du rhumatisme psoriasique. Ce processus d’élimination est nécessaire, parce qu’il n’existe aucun test pour confirmer le diagnostic du psoriasis ou du rhumatisme psoriasique. C’est pourquoi le diagnostic du rhumatisme psoriasique est habituellement basé sur la présence de symptômes sur la peau et dans les articulations.